Revue de Presse : Mise en place d'une première année commune aux études de médecine
Par Jacques Domergue le mardi 18 novembre 2008, 07:17 - ACTUALITE ET ACTION - Lien permanent
La réforme de la première année de médecine, en débat depuis plusieurs
années, devrait voir le jour à la rentrée 2009. La ministre de l'enseignement
supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, a donné son feu vert à
l'instauration d'une première année commune aux études de médecine,
d'odontologie, de maïeutique (sage-femme) et de pharmacie.
La réforme vise à limiter le "gâchis humain" engendré par le taux d'échec
très élevé de la première année de médecine, en favorisant la réorientation des
étudiants en difficulté. Elle fait l'objet d'une proposition de loi rédigée par
le député (UMP) Jacques Domergue, qui pourrait être examinée par l'Assemblée
nationale lors d'une niche parlementaire, le 16 ou 18 décembre.
Sanctionnée par un concours hypersélectif (80 % d'une promotion échoue
chaque année), la première année d'études médicales se déroule souvent dans un
climat de tension difficilement soutenable pour les étudiants. En 2006-2007, 50
000 inscrits se sont disputés 7 100 places en médecine, 977 places de dentaire
et 1 007 places de sages-femmes. Bon nombre d'étudiants (les "reçus-collés")
sont recalés malgré des notes très au-dessus de la moyenne. "Il est
indispensable que cette première année ne soit pas uniquement orientée vers le
concours et que l'enseignement dispensé permette aux étudiants en situation
d'échec de se réorienter", écrivait Mme Pécresse aux présidents d'université
dans une circulaire en août.
Reprenant les préconisations formulées en février par Jean-François Bach,
secrétaire perpétuel de l'Académie nationale des sciences, la ministre de
l'enseignement supérieur crée une première année commune aux études de santé,
intégrée dans le schéma licence-master-doctorat (LMD). Cette L1 Santé
(médecine, dentaire, sage-femme, pharmacie) comprendra un tronc commun
d'enseignement, complété par des cours spécifiques au cours du second semestre.
Il sera sanctionné par quatre concours distincts, ce qui devrait multiplier les
chances des étudiants d'accéder à une profession médicale. "Jusqu'à présent,
les étudiants choisissaient leur métier en fonction de leur rang au concours,
explique Christian Thuilliez, président de la Conférence des doyens de faculté
de médecine. Avec ce système, il ne devrait plus y avoir de choix par
dépit."
"DROIT AU REMORDS"
Pour limiter le taux d'échec aux concours, la réforme vise à faciliter la
réorientation des étudiants les plus en difficulté. Ceux se situant au-delà
d'un rang déterminé en fonction du numerus clausus (nombre de places ouvertes
au concours) ne seront pas autorisés à redoubler. Ils pourront être réorientés
en facultés de sciences et ne pourront se réinscrire en L1 Santé qu'après douze
ou dix-huit mois de formation. Un "droit au remords" est instauré : un
étudiant engagé en troisième année de pharmacie pourra décider de se réinscrire
dans une autre spécialité directement en deuxième année.
Pour ouvrir les études médicales à d'autres profils que les scientifiques,
la réforme instaure des passerelles entrantes : les titulaires d'un master
littéraire ou de sciences humaines, les diplômés d'une école de commerce ou
d'un institut d'études politiques pourront intégrer la deuxième année de
médecine, sur dossier et entretien de motivation. "On veut éviter
l'uniformisation trop étroite des professionnels de santé, explique M.
Domergue. Il faut que les études médicales respirent." Le ministère de
l'enseignement supérieur et de la recherche souhaite que la loi soit adoptée au
plus vite afin que les facultés de médecine et de pharmacie s'organisent pour
la rentrée 2009-2010.
Cécile Prieur - Le Monde - 17 novembre 2008