
CHAMONIX - Qu'il s'agisse de domotique, de surveillance voire de
consultation à distance ou d'information médicale, internet et les nouvelles
technologies ont fait irruption dans le domaine de la santé.
Selon la Haute Autorité de santé, un patient sur cinq en France cherche des
informations médicales sur internet à travers des sites généralistes comme
doctissimo.
Aux Etats-Unis, des consultations payantes existent déjà, sur le site
americanwell.com par exemple - une idée à laquelle les Européens sont
réticents.
"En France, on est très attaché à la relation personnelle avec un médecin
qu'on connaît, qu'on peut toucher, et la froideur de l'informatique paraît
inconciliable avec ça. Mais on est consommateur de sites généralistes",
commente Roland Cayrol, de l'institut CSA, auteur d'un sondage européen réalisé
à l'occasion d'une convention sur la santé qui se déroule jusqu'à samedi soir à
Chamonix.
Résultat : de plus en plus de patients arrivent chez leur médecin avec
une idée de diagnostic. De même, il est devenu courant d'aller sur la Toile
avant de se faire opérer pour s'informer et choisir son hôpital ou son
praticien.
"Il arrive que des patients aient vu mon nom sur internet, mais il y a
encore beaucoup de bouche à oreille. Il faut faire attention à la dérive
publicitaire", prévient une chirurgienne parisienne désireuse de garder
l'anonymat.
"Le médecin est moins tout-puissant", remarque l'écrivain et académicien
Erik Orsenna, présent à Chamonix. "Des gens qui se sentaient seuls vis-à-vis de
l'information, parfois méprisés par les médecins, ne le sont plus."
La médaille a son revers.
"Il y a le risque qu'il y ait moins de rapports humains, et qu'on se
retrouve avec des écrans comme avec des standards automatiques. On perd en
solitude virtuelle mais on accroît la solitude humaine. Et puis, c'est la fin
de la vie privée", prévient le romancier.
SURVEILLANCE À DOMICILE
Cet avis est partagé par nombre de professionnels.
"Parler avec le médecin, prendre un café, ça soigne plus qu'une tartine de
médicaments. Il faut valoriser la consultation médicale, le temps passé avec le
malade, surtout quand il n'y a pas de prescription", souligne Jacques Domergue,
chirurgien et député de l'Hérault.
Outre le Net, les nouvelles technologies d'information et de communication
(TIC) se mettent au service de personnes âgées, dépendantes ou souffrant de
maladies chroniques comme le diabète, qui peuvent se faire surveiller à
domicile.
Europ Assistance teste chaque été sur des personnes âgées d'une municipalité
italienne des bracelets électroniques permettant un suivi 24 heures sur 24 de
paramètres vitaux comme le pouls ou la pression artérielle.
Autre exemple: Orange a installé à domicile dans le Cantal des petits
terminaux permettant de communiquer avec sa famille ou des associations,
commander des repas, etc...
Des techniques au point qui demandent à être organisées pour pouvoir
fonctionner à grande échelle, note Thierry Zylberberg, directeur de la division
santé de France Télécom, propriétaire de la marque Orange.
"Le problème n'est pas technologique. Surveiller un diabétique
insulino-dépendant, c'est trois chiffres par jour, un SMS à envoyer. Mais qui
lit le message, qui le surveille, comment dire à la personne ce qu'elle doit
faire ? Cette chaîne organisationnelle et économique doit être
organisée".
"L'avantage de ce système, c'est la capacité de traitement à distance. Nous
allons décloisonner l'hôpital", souligne Martin Vial, directeur général du
groupe Europ Assistance.
Une idée qui interpelle Jean-Paul Segade, directeur du CHU de Marseille. "Et
s'il était de l'intérêt de la santé de diminuer le nombre d'hôpitaux, le nombre
de lits ? Les nouvelles technologies posent cette question",
estime-t-il.
"La force d'un CHU, ce serait son plateau technique, sa masse critique, mais
aussi sa capacité à avoir des liens optimaux avec les unités qui sont autour et
pour lesquelles les TIC ont un rôle à jouer".
L'Express - 26 septembre 2009